Londres : Approche globale de l’accessibilité des transports

Londres : Approche globale de l’accessibilité des transports

“Améliorer l’accessibilité à travers Londres pour permettre à tous les Londoniens et les personnes qui visitent la ville de voyager de manière spontanée et indépendante est une de nos priorité », tels sont les mots de Mark Wild, actuel directeur du London Underground. C’est dans cette perspective que le nouveau maire de Londres, Sadiq Kahn, a annoncé le mois dernier la mise en place d’un programme, financé à hauteur de 200 millions de Livres Sterlings, ayant pour but la mise à niveau de 40% stations du réseau TFL d’ici son parachèvement prévu pour 2021/22. Cette nouvelle initiative s’inscrit dans la lignée des démarches d’envergure engagées suite au vote, en 2010, de l’Equality Act et les besoins de renouvellements des infrastructures impliquées dans l’organisation des Jeux Olympiques de 2012.

Dans la capitale britannique, l’organisme public Transport For London (TFL) gère tous les transports publics, allant des iconiques bus rouges et Black Cabs au Tube (équivalent du Métro) et autres réseaux ferrés locaux comme l’Overground. L’approche adoptée par la TFL peut être qualifiée de globale à plusieurs niveaux. Premièrement, par le simple fait que l’organisme régit la majorité des moyens de transports publics de l’ensemble de l’aire urbaine de Londres et est même en charge de l’accessibilité des voies publiques. Egalement, TFL prend en compte le trajet dans son intégralité, de la recherche et l’accès à l’information au confort d’utilisation en plus de l’accès aux modes de transport en lui-même. Enfin, les investissements liés à l’amélioration de l’accessibilité de leur réseau englobent beaucoup d’enjeux différents : handicapes moteurs ainsi que visuels et surdité, problèmes liés à l’âge, ...

Mending the gap ou comment rendre les transports physiquement accessibles ?

L’interjection iconique du Tube « Mind the gap », adaptée dans le Métro parisien en « Attention à la marche en descendant du train », est au centre du problème de l’accessibilité des transports.

En effet, il s’agit aujourd’hui, autant sur le réseau ferré qu’en ce qui concerne les bus et autres taxis, de combler cet intervalle plutôt que d’y faire simplement attention. Pour ce qui est des transports routiers, la réponse donnée à cette  problématique d’accès au véhicule est l’installation d'une rampe d’accès rétractable à bord de tous les bus et taxis. Ainsi, le parc de bus londonien est devenu le plus accessible au monde.

L’accessibilité des transports ferrés pose plus de problèmes.D’abord, celui du « gap» ; de l’accès quai-train. Plusieurs solutions ont été mises en œuvre dans le but de pallier cela, une consistant à adapter les trains préexistant en installant manuellement une rampe sur demande, l’autre correspondant au renouvellement progressif des anciens trains par un nouveau modèle remédiant au problème. Le plus gros du travail d’adaptation du Tube aux critères d’accessibilité nécessaire concerne le trajet entre la rue et les quais. En effet, le métro londonien, fondé en 1863, est le premier à voir le jour et n’était donc très peu accessible à ceux ne pouvant emprunter des escaliers. Le but est donc de rendre les transports « step-free », sans marches. Pour se faire, toutes les stations devraient à terme être équipées d’un ascenseur pour chaque escalier.

La mise à jour des stations passe également par l’installation de portiques indépendants assez larges pour que les utilisateurs de fauteuils, adultes accompagnés de poussettes, ..., passent. 

De plus, TFL met gratuitement au service des personnes possédant une carte d’invalidité un système de navettes accessibles sur demande (dial-a-cab).

L’information au cœur du dispositif d’accessibilité

La route vers l’accessibilité universelle ne passe pas uniquement par la possibilité d’accéder physiquement aux transports pour les personnes à mobilité réduites mais également par l’information, que ce soit la communication avant et pendant les trajets à ces passagers mais également utiliser l’information et les nouvelles technologies pour améliorer l’accès des aveugles ou encore des femmes enceintes aux transports

Une grande partie de cet effort d’information repose sur la cartographie de l’accessibilité. TFL a donc développé plusieurs plans spécifiques qui représentent les degrés de l’avancement des adaptations. Le plan qui figure ici   montre avec un point vert les stations tout ou partiellement « step free » et grise le reste des lignes non accessibles.

Egalement, la signalétique déployée dans les couloirs des stations veut rendre l’utilisation des transports la plus simple possible aux passagers qui ont besoin des infrastructures d’accessibilité. 

De plus, TFL donne un accès gratuit aux informations qui concernent son réseau pour que des tiers soient développent librement d’autres solutions d’accessibilité. Par exemple, une application a été mise en place pour rendre les plans lisibles aux personnes souffrant de différents problèmes visuels en jouant sur les contrastes, les couleurs et en rajoutant des signes.

Ici, nous avons l’exemple d’un plan pour daltoniens.

Et ci-dessous, celui élaboré pour les personnes souffrant d’une cataracte. 

Enfin, le déploiement de l’accessibilité universelle n’est pas pour la TFL uniquement l’affaire de l’inclusion des personnes souffrant de handicaps ou de problèmes de santé particuliers. Il a pour but de rendre l’utilisation des transports publics la plus simple et pratique à tous.

Le projet « Baby on board », bébé à bord, en est l’image. Toute femme enceinte peut demander à l’organisme un badge signalant aux autres utilisateurs sa grossesse ce qui permet de libérer les places assises beaucoup plus facilement. Suite au succès de cette initiative, et après un premier test en septembre, un nouveau badge qui devrait permettre aux personnes souffrant de handicaps peu visibles, maladies graves ou blessures réduisant leurs capacités à rester debout de trouver une place assise plus facilement. Les badges, ciglés du slogan « Please offer me a seat » (Proposez moi votre siège s’il-vous-plait) et accompagnés d’une carte, ont été reçu très positivement alors qu’une étude la TfL estime à seulement 44% la proportion de personnes atteintes de handicaps invisibles trouvant une place assise quand ils en ont besoin dans les transports en commun.

La démarche de mise en accessibilité des transports publics Londoniens est indéniablement avancée et inclusive. Cependant, malgré les projets ambitieux, le nombre de stations et itinéraires accessibles aujourd’hui reste insuffisant, notamment au centre de la ville. De plus, le facteur humain, central au dispositif (bus, stations à moitié accessible,...), semble être son maillon faible. Les perspectives d’avenir semblent donc prometteuses, mais tout n’est pas encore fait.